Le discours de Fidel Castro: essai de lexicométrie politique (extraits)

L’exploration textométrique d’une série de discours prononcés par le leader de la révolution cubaine le 26 juillet de chaque année, lors de la commémoration de l’attaque de la Caserne Moncada du 26 juillet 1953, devenu jour de fête nationale, permet de mettre à jour les principales caractéristiques de la parole castriste. L’utilisation de méthodes propres à la lexicométrie chronologique permet de souligner l’évolution du vocabulaire sur l’ensemble de la période considérée, à savoir 1959-2004 et de proposer, sur des bases lexicales, une périodisation du régime castriste.
(L'analyse proposée ci-dessous regroupe des extraits de l'étude originale qui peut être consultée sur Lexicometrica).

Pour cette exploration textuelle, nous avons choisi de constituer, à partir du corpus exhaustif de Fidel Castro, un échantillon comprenant un discours par an de 1959 à 2004. Le discours choisi est celui prononcé chaque année par Fidel Castro lors des festivités de commémoration de l’attaque du 26 juillet 1953.
Le corpus ainsi constitué compte près de 460.000 occurrences, réparties sur une période de 46 ans, de 1959 à 2004. Selon les besoins de l’analyse, nous avons partitionné le corpus de différentes façons qui nous permettront d’éprouver la dimension chronologique du corpus (années, lustres, décennies).

Configuration d'ensemble et périodisation:
L’AFC réalisée sur le corpus entier selon la partition décennie (figure 1) nous indique :
  • que la plupart des sous-parties du corpus s’ordonnent de façon régulière et chronologique en formant un arc de cercle, indice d’un renouvellement régulier et à priori normal du vocabulaire tout au long de ces cinq décennies;
  • qu’une exception notable cependant est constituée par la période 1990-1999 qui, on le voit, s’éloigne ostensiblement de l’ordonnancement attendu, bien que respectant encore le rapport de contigüité chronologique, et nous amène à penser que les thématiques du discours castriste ont, à cette époque, subies une évolution plus rapide que l’évolution d’ensemble du discours ;
  • que le premier axe, notons-le au passage et nous y reviendrons plus tard, sépare les années 1959-89 (partie supérieure du plan) des années 1990-2004 (partie inférieure du plan) et que le deuxième axe sépare la première décennie, 1959-69 (extrémité gauche du plan), du reste du corpus (les années 1970-2004). Ces deux césures ont toute leur importance et nous indiquent dès lors la structuration générale des mouvements de vocabulaire du corpus. Elles pourront nous servir pour la périodisation du discours castriste et l’étude des spécificités par période.
 Figure 1: AFC sur le corpus Castro26J, partitionné par décennie (Lexico3).

En conclusion donc de cette première AFC, on remarque un renouvellement a priori et globalement régulier du vocabulaire à l’exception de la décennie 90, un corpus structuré en trois temps (1959-69 ; 1970-89 ; et 1990-2004) dont la première décennie est celle qui s’individualise le plus sur le premier plan factoriel. D'autres analyses multidimensionnelles permettent d'éprouver et d'affiner ce constat:

 Figure 2: AFC sur le corpus Castro26J, partitionné par lustres (Lexico3).

 Figure 3: Arbre des distances sur le corpus partitionné par lustres
(Hyperbase).

La mise en relation des variations lexicométriques constatées et du contexte sociopolitique général de Cuba permet d’éclairer avantageusement ces ruptures lexicométriques. Il est remarquable alors de voir que les périodes à l’évolution lexicale irrégulière correspondent aux périodes socio-historiquement très marquées à Cuba :
  • les années 70 s’ouvrent à Cuba par la condamnation et le procès du poète Heberto Padilla marquant dès lors la décennie du sceau du durcissement idéologique. Cette période verra en outre l’institutionnalisation de la Révolution, par la tenue du Premier Congrès du Parti Communiste Cubain et la promulgation de la Constitution, et un rapprochement de l’URSS par l’entrée dans le COMECON (1972). Ces différents éléments peuvent éclairer la constatation lexicométrique d’un vocabulaire qui se renouvelle peu durant ces dix années.
  • de même concernant les constatations lexicométriques des années 90, il ne faut pas oublier que cette décennie s’ouvre par l’effondrement du bloc soviétique qui voit Cuba bien seule sur la scène internationale. De plus, marquée par la crise économique et les doutes idéologiques d’une population cubaine en majorité née après la victoire castriste, et qui par conséquent n’a pas connu la période antérieure, "Cuba la Révolutionnaire traversa la phase la plus difficile de son histoire" [Trento 107] amenant le gouvernement à instaurer une "période spéciale en temps de paix". Ces éléments sociohistoriques éclairent à leur tour le revirement lexical des cinq premières années de la décennie 90 avec un discours qui lexicalement se rapproche du discours originel : face à la désagrégation du bloc soviétique, à la chute du modèle communiste et aux difficultés économiques, Fidel Castro réaffirme la validité du socialisme et de la Révolution.

Accroissement chronologique et richesse du vocabulaire:
Si l’on considère l’accroissement chronologique du vocabulaire pour l’ensemble du corpus, il apparait que le discours de Fidel Castro a des caractéristiques plutôt opposés à ce qui est habituellement observé. En effet, les expériences lexicométriques (Labbé, etc.) ont montré que "dans tout texte en langue naturelle, l'afflux de mots nouveaux est d'abord extrêmement fort puis il décroît rapidement, tout en demeurant positif, même dans les textes extrêmement longs" [Arnold 2005]. Ceci se trouve représenté par une courbe ayant la forme d’une demi-parabole (voir graphique figure 4a). Or, dans le cas de Fidel Castro la courbe a une toute autre forme, proche de la ligne droite : chez Fidel Castro, les caractéristiques de l’accroissement chronologique se trouvent donc en quelque sorte inversées : relative pauvreté lexicale durant les premières années de la révolution puis, par la suite, renouvellement thématique plus important.
Figure 4: Accoissement chronologique du vocabulaire
(à gauche courbe témoin [Guevara 1959-67], à droite courbe Castro26J).

Figure 4: Accoissement chronologique comparé du vocabulaire
pour chaque décennie (Lexico3).

Structure thématique
Quelle est la structure thématique du discours castriste ? Un discours est "organisé autour de quelques motifs pivots qui forment les thèmes constitutifs" [Labbé 1977, 43], motifs pivots dont "la fréquence s’est révélée être le meilleur indicateur" [Labbé 1977, 43]. Ces motifs pivots, mots clés ou mots thèmes autours desquels s’articulent des motifs ou items associés, doivent être pris dans leur dimension syntagmatique, ou cooccurrentielle, étant entendu que le sens nait des relations qu’entretiennent les mots entres eux, mais aussi dans leur dimension paradigmatique.
Le tableau ci-dessous indique les formes les plus fréquentes du corpus:

Tableau 1: Les 10 formes lexicales les plus fréquentes.

Afin de cartographier les attirances et répulsions de ces dix formes les plus fréquentes, de mettre à jour plus avant la structure thématique du discours castriste c'est-à-dire les réseaux lexicaux qui se construisent autours de ces deux axes thématiques, nous mettrons à profit l’analyse factorielle, l’analyse arborée et enfin la carte des sections (l’analyse des cooccurrences et des univers lexicaux nous le permettraient tout autant).
L’AFC ci-dessous, effectuée sur ces dix formes lexicales les plus fréquentes du corpus, nous amène à tempérer nos constatations. Ainsi, en ce qui concerne la présence et l’organisation lexicale de ces mots-thèmes, les deux motifs pivots mis à jour dans le discours ne sont pas coïncidents. Deux temps peuvent être mis à jour :
  • une première  période, marquée par la forte présence de la "révolution" et du "peuple" (année 60) (ainsi que, nous le verrons, la forte présence du locuteur à travers le "nosotros") ;
  • une deuxième période marquée par la présence antagoniste de "Estados Unidos" et "Cuba" (1995-2004).
En d’autres termes, la victoire castriste voit le développement dans les années 60 d’un discours répétant à l’envie ces trois formes, qui deviendront alors l’antienne de cette période : "peuple, travail, révolution", sorte de devise de la révolution cubaine dans ses premières années. D’ailleurs, Franz Fanon souligne bien l’attitude d’un pays juste libéré de la tutelle de la puissance coloniale, comme ça pouvait être le cas de Cuba vis-à-vis des États-Unis au début des années 60 : "les dirigeants nationalistes n’ont d’autres ressources que de se tourner vers le peuple et de lui demander un effort grandiose. De ces hommes affamés on exige un régime d’austérité, à ces muscles atrophiés on demande un travail disproportionné" [1961 : 55]. A cette époque "Cuba", tout comme les "États-Unis", ne sont alors pas très présents dans le discours castriste.
Puis, les difficultés arrivant (fin des années 1980 et "période de rectification de erreurs"), le discours de Fidel Castro change. Le leader de la révolution cubaine adopte une stratégie discursive consistant à prêcher une proximité géographique avec le peuple, une sorte de "provincialisme" ("provincia") ; enfin, les difficultés intérieures persistant, le discours de Fidel Castro, cette fois-ci cherche à désigner le responsable de tous ces maux : les États-Unis. Ceux-ci servent d’exutoire. C’est l’époque de l’ouverture au monde (dans le discours) et de la proclamation verbale presque constante de l’antagonisme entre les États-Unis et Cuba, antagonisme qui s’incarnera finalement dans la dénonciation constante de la politique de Georges Bush et le dénigrement de sa personne .
L’analyse arborée, effectuée sur ces dix formes, nous confirme bien l’attirance d’une part de "Cuba" et "Estados Unidos", et la répulsion de ces deux derniers termes avec "revolución", "pueblo", "trabajo".
Figure 5: AFC des 10 formes lexicales les plus fréquentes (Hyperbase).

Figure 6: Analyse arborée des 10 formes lexicales les plus fréquentes
(Hyperbase).

Spécificités lexicales des principales périodes chronologiques
Périodisation du corpus 
Nous avons soumis le corpus, partitionné en année, donc en discours vu qu’il n’est constitué que d’un seul discours par année, mais aussi en lustre et décennie à une classification descendante hiérarchique, à l’aide du logiciel Alceste qui opère par fractionnement successif du corpus selon la distribution des mots dans les énoncés. Il en résulte un classement des énoncés du corpus selon l’utilisation ou l’agencement du vocabulaire, classement dans lequel n’intervient pas le chercheur . Un tel classement peut nous permettre de confronter la structuration du corpus que les AFC effectuées dans la première partie de cette étude nous avait amené à proposer et, le cas échéant, nous suggérer une périodisation du corpus.
Figure 7: Classification descendante hiérarchique du corpus (Alceste).

La classification automatique débouche sur 5 classes correspondant, sauf pour les années 90-94 rattachées aux années 80, aux 4 décennies (figure 7). Les spécificités peuvent être analysées en partitionnant le corpus par décennie. Pour la période 90-94, à mi-chemin entre la décennie 80 et les années 95-2004, rattachées dans un premier temps à la période 1990-2004, nous considérerons ensuite son vocabulaire séparément.

-Les années 60 : "nous, la Révolution, le peuple..."
• Tout d’abord, les années 60 correspondent à la décennie présentant le discours le plus typé : comme on peut le voir, les formes spécifiques de cette période présentent un indice très fort, et à rang égal, nettement plus fort que celui des spécificités des autres décennies du corpus, même si pour les années 1990-2004 la différence est moindre. Ainsi, au rang 10, le coefficient de spécificité atteint un indice de +E39 pour les années 60 alors qu’au même rang, il a pour valeur E15 (années 70), E22 (années 80) et E24 (années 90 et 2000). Les AFC et l’analyse arborée nous avait déjà signalé la singularité du discours des années 60 par rapport à l’ensemble du corpus, la liste des spécificités et les indices correspondant nous le confirme.
• Ensuite, il s’agit d’un vocabulaire politique de base, très marqué idéologiquement : le discours construit des catégories antagoniques, ce qui est caractéristique des rhétoriques de combat : d’une part "nosotros", "revolución", "pueblo", "campesinos", "revolucionarios" et d’autre part "imperialistas", "enemigos", "explotadores", "parasitos", "contrarevolucionarios", "burgueses" et "yankis".
  • Que NOSOTROS NO tenemos que rendirle cuenta a nadie de nuestros actos, PORQUE somos un PUEBLO libre, PORQUE somos un PUEBLO soberano, PORQUE tenemos DERECHO a luchar por nuestra felicidad, y PORQUE ese DERECHO ES un DERECHO soberano y sagrado de los PUEBLOS, PORQUE Cuba ES una república independiente y soberana. (Discours du 26 juillet 1959, La Havane).
-Les années 70 : "internationalisme marxiste et institutionnalisation de la révolution"
Le vocabulaire spécifique des années 70 porte, de même que la période précédente, les marques de son époque : l’internationalisation et l’institutionnalisation de la révolution cubaine. Ainsi :
• Notons, tout d’abord, qu’aucun verbe ou presque n’apparaissent dans cette liste de spécificités, contrairement à la période précédent où même si peu de verbes se trouvaient être spécifiques de la période, la forte présence de "es", mais aussi celle de "quiere", n’en était pas moins caractéristique de la rhétorique castriste de l’époque. Ici donc, c’est l’énoncé qui semble primer sur l’énonciation, le dit sur le dire.
• Ainsi, les préoccupations internationales de la révolution cubaine sont marquées par trois pays en particulier : le "Vietnam", le "Nicaragua" ("sandinistas") et l’"Angola" ("angola", "neto" (20 des 24 occ. désignent le leader révolutionnaire angolais Agustinho Neto). Significatifs des préoccupations tricontinentales  de la Révolution cubaine, le discours et l’intérêt pour ces trois pays représentent déjà un affrontement symbolique et idéologique avec les États-Unis ("Nixon"), en dehors de la stricte question cubaine, même si les Etats-Unis n’apparaissent encore que peu dans le discours. Enfin, l’Union soviétique est présent dans le discours de cette époque en ce qu’elle constitue un modèle pour ce qui apparait comme le deuxième axe du discours et l’un des chantiers importants de cette époque : l’institutionnalisation de la Révolution.
• L’institutionnalisation se trouve marquée par la création, en 1975, du Parti communiste Cubain ("partido") et la mise en place de différentes structures ("estructura", "poderes" "populares"). Une forme comme "dirección" utilisée 4 fois seulement au cours des années 60 mais plus de 60 fois durant les années 70 se trouvent être un bon indice de ce discours sur l’institutionnalisation de la Révolution.
  • ¡Esa disposición del pueblo de Viet Nam de no retroceder una pulgada, de defender sus demandas, y de defender sus puntos básicos, que permitan la liberación de Viet Nam, es decir, el derecho de Viet Nam a su independencia, que eviten la repetición de lo que ocurrió cuando los acuerdos de ginebra, que eviten la implantación del neocolonialismo en ninguna región de Viet Nam! Nixon debiera tomarlo en cuenta.
  • Nixon no debe subestimar en lo más mínimo el apoyo del pueblo soviético, del partido comunista de la Unión Soviética y de la dirección soviética a Viet Nam.
  • Y es por eso que nosotros queremos decir algo sobre esto, para que se conozca el contenido de la actividad de los poderes populares que se están organizando. § Quedarán responsabilizados con las siguientes actividades : del ministerio de educación : todas las actividades, centros educacionales y unidades de apoyo que dirige y administra, exceptuando la sede universitaria, así como la totalidad del personal que labora en las diversas instancias de dirección del organismo, municipales, regionales y provincial. Es decir, la administración de todos los centros educacionales pasa a los poderes populares.

-Les années 80 : préoccupations intérieures et infrastructurelles
Comme nous l’avons fait pour les deux périodes précédentes, nous pouvons formuler quelques brèves remarques concernant le vocabulaire castriste des années 80. Deux thématiques principales semblent se détacher de cette liste :
• Tout d’abord, une série de dénomination géographique reflétant les préoccupations intérieures de Fidel Castro : ainsi "provincia", "provincias", "orientales", "guantánamo", "sancti spiritus", "tunas", "cienfuegos", viennent remplacer les "internacionalismo", "angola", "vietnam" et "nicaragua" de la période précédente. Économiquement, Cuba commence à connaitre des difficultés, et internationalement, c’est l’ouverture de l’ère néolibérale par l’arrivée au pouvoir de Reagan, Tatcher, et dans une moindre mesure de Mitterrand, puis de la remise en question de modèle soviétique par Gorbatchev, entrainant alors le refus cubain de suivre l’exemple soviétique : ainsi, l’internationalisme et l’exportation de la Révolution s’avère difficile à maintenir, le peuple cubain a des attentes et commence à remettre en question les efforts internationaux si ceux-ci signifient un désintérêt des difficultés intérieures : le gouvernement cubain doit donc signifier au peuple qu’il prend sa situation au sérieux et Fidel Castro adopte alors un discours plus proche des cubains et de leur préoccupations en soulignant notamment les réalisations infrastructurelles.
• Ce qui nous amène à souligner la deuxième caractéristique du discours de cette période : un vocabulaire économique et infrastructurel à travers des formes comme "obras", "producccion", "agua", "desarrollo", "creció", "electricidad", "construccion", "plan", "areas", "capacidad", "litros", "caballerias", "toneladas", "planta", "kilometros", "potencial", "crisis", "fiebre", "área".
  • En esta provincia seca no había un solo embalse de agua, se han construido ya embalses con capacidad de 300 millones de metros cúbicos de agua, y se seguirán construyendo nuevos embalses.
  • Sin embargo, analizando la producción de la provincia de Guantánamo y comparándola con la etapa previa a la revolución, esa producción ha aumentado en cinco veces, se ha multiplicado por cinco desde el triunfo de la revolución.
  • Seguirá desarrollándose el programa de construcción de centrales azucareros y de la ampliación de la producción azucarera.

Les années 90 / 2004 :
Le vocabulaire de cette période est plus délicat à analyser en ce que la période 90/94 semble avoir un vocabulaire à mi-chemin de celui des années 80 et des années 1995-2004. C’est pourquoi nous considérerons dans un premier temps le début des années 90 avant de nous intéresser à la fin de la période.
-1990-1994 : désintégration de l’URSS, le modèle socialisme toujours viable, période spéciale et crises migratoires
Le discours du début des 1990 est clairement marqué par deux éléments : crise économique et crise migratoire.
• En effet, le début des années 90 est marqué par l’accentuation de la crise économique, crise qui avait commencée à se faire sentir durant la décennie précédente et qui n’a nullement pu être résorbée par le gouvernement cubain : "divisas", "capital", "petroleo", "millones", "divisa", "dollares", "convertible", "dinero", "mercado", "comprar", "ingresos"…
• Dans ce contexte difficile, de nombreux cubains choisissent l’exil : ne pouvant sortir légalement du territoire, certains choisissent de se jeter à la mer quand d’autres prennent d’assaut les ambassades, événements très commentés par Fidel Castro à cette époque : "embajada", "embajadas", "españa", "asilo"…
• Enfin, notons aussi l’évocation de l’"URSS", qui vient de se désintégrer ainsi que la situation sud-africaine à travers "Mandela" (qui vient d’être libéré de 30 années de prison) et l’"apartheid". A travers l’évocation de la désintégration de l’URSS, Fidel Castro réitère sa confiance dans l’avenir et la validité du modèle socialiste de société (forte recrudescence de l’utilisation de la forme "socialismo") et fustige par la même occasion le capitalisme, source de tous les maux (forte recrudescence de la forme "capitalismo" attestée notamment dans des formules telles que "las calamidades del capitalismo").
  • Ayer 25, salieron los tres que estaban en la embajada de suiza, de modo que quedan 18 en la embajada española y cuatro en la residencia de la embajada italiana.
  • Ya hemos vivido esa experiencia en el pasado, lo recuerdo cuando más de una vez entraron por la fuerza en alguna embajada latinoamericana; cuando más de una vez accedimos a que salieran, escuchando solicitudes y peticiones, inmediatamente, de manera automática, se producían nuevos ingresos de esos elementos en las embajadas, y ocurría lo mismo: eran elementos a los que no les daban visa para viajar legalmente y se la daban, en cambio, cuando entraban por la fuerza en las embajadas.
  • El socialismo tiene apenas decenas de años, está en pañales; diríamos que el socialismo está en esa etapa que en los hospitales materno-infantiles llaman perinatal. El socialismo está en fase perinatal, que son esos primeros seis o siete días de vida del niño, que son los más peligrosos y hay que tener cuidados especiales; nosotros hemos creado salas de servicios intensivos perinatales, como parte de nuestro programa para la protección de la salud de los niños. Es decir, es lógico que el socialismo, la más justa de todas las ideas, tenga que atravesar períodos y dificultades; en algunos países desapareció.
1995-2004: Bush et les États-Unis, l’affaire Posada : terrorisme et narcotrafic
Les années 1995-2004, dernière période du corpus, sont centrés sur une seule thématique : les "États-Unis". Celle-ci se décline autours de plusieurs axes : "Bush" d’une part, l’affaire "Posada" de l’autre symptomatique selon Castro des méthodes employés par la "CIA" et l’opposition cubaine de "Miami" pour le déstabiliser et même l’éliminer physiquement. Le discours de ces années a énormément de mal à s’éloigner de cet horizon :
• Bush n’est présent dans le discours qu’en 2004 ; précédemment la forme n’est attestée qu’à quelques reprises seulement en 2002 et 2003 ainsi que dans les années 1990 (mais dans ce dernier cas elle désigne George Bush père) ; il n’en reste pas moins qu’elle est la forme la plus spécifique de la période 1990-2004. Les propos tenus sur Bush sont critiques et même presque moqueurs. Ainsi, dans un premier Fidel Castro évoque les critiques et l’hostilité de Bush par rapport à Cuba, en particulier à travers l’accusation de "turismo sexual", puis dans un deuxième temps, afin de démontrer l’inconséquence des propos de Bush et s’appuyant en partie sur le livre d’un certain "docteur Frank", Fidel Castro évoque tout à la fois le penchant passé de Bush pour l’alcool, sa foi, sa propension au mensonge, son peu de goût pour la lecture, etc. Ainsi, ce discours du 26 juillet 2004 est tout entier dédié à George Bush et à son dénigrement:
  • Las calumnias y mentiras del señor Bush y sus asesores más cercanos fueron elaboradas precipitadamente para justificar las atroces medidas tomadas contra ciudadanos de origen cubano residentes en Estados Unidos que poseen vínculos con familiares allegados en Cuba.
  • Estados unidos es culpable de los numerosos planes de atentados contra mí, en este caso, o contra cualquier dirigente de la revolución, que llevan a cabo estos señores, esta mafia, estos gángsteres mercenarios pagados por la fundación cubano americana, por acción o por omisión
  • Pero allí en Miami estos grupos, la mafia terrorista y fascista se impone por la fuerza; y esa mafia llevó a Clinton a la aprobación de la ley Torricelli [...].


Références
Arnold Edward, "Le discours de Tony Blair (1997-2004)", Corpus, n°4, 2005.
Fanon Franz, Les damnés de la terre, Paris, Maspero, 1961.
Labbé Dominique, Le discours communiste, Paris, FNSP, 1977.
Trento Angelo, Castro et la Révolution cubaine, Firenze, Casterman, 1998.


PS: Il s'agit d'extraits de l'étude "Le discours de Fidel Castro: essai de lexicométrie politique" paru dans le volume 2 du numéro spécial de Lexicometrica, Explorations textométriques.

Pour citer cette étude (utiliser de préférence la version originale parue dans Lexicometrica): Serge DE SOUSA, "Le discours de Fidel Castro: essai de lexicométrie politique", in FLEURY Serge et SALEM André (coord.), Lexicometrica, n° spécial, Explorations textométrique, vol. 2, Séries textuelles chronologiques, 2009, p. 68-94.